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L'HOMME NATUREL

Dernière mise à jour : 5 déc. 2024




L’homme naturel non réveillé, c’est celui qui est né d’un enfant de colère ; c’est le fils d’Adam déchu et apportant avec lui dans le monde la racine et la source de tous les maux ; ce qui est le cas de tous les enfants des hommes ; car qui oserait prétendre n’avoir jamais été dans l'état de David, lorsque dans l’amertume de son coeur il s’avouait « né dans le péché » et « conçu dans l’iniquité ? ».


Existe-t-il sous le ciel un seul homme qui n’ait jamais été orgueilleux, volontaire, passionné, rebelle, « plus amateur du plaisir que de Dieu ? » Et ces sentiments ne sont-ils pas la source des torrents d’iniquités qui inondent la Terre ? Nous naissons donc tous « hommes naturels » endormis quant aux choses spirituelles, c’est-à-dire, participants de la nature déchue d’Adam (dont le nom en hébreu signifie homme); cette nature orgueilleuse et rebelle qui le fit ressembler aux démons, cette nature sensuelle et terrestre qui le rendit semblable aux bêtes qui périssent, devient notre nature.

C’est elle, c’est le vieil homme au dedans de nous, comme l’appelle saint Paul, qui doit être détruit par la repentance et la conversion; car sans cela nous mourrons tels que nous naquîmes « enfants de colère », hommes non réveillés, hommes naturels ;

et il n’y aura pas besoin de rendre contre nous une seconde sentence, car la condamnation sera écrite dans nos coeurs. « Retirez-vous, maudits », dira Jésus ; « vous n’avez pas besoin d’une seconde malédiction; déjà vous êtes maudits de la nature déchues de l’homme, vous qui n’avez jamais revêtu Christ, le nouvel homme créé dans une sainteté véritable ». Puisque telle est la condition misérable dans laquelle nous nous trouvons tous actuellement, il n’y a pas lieu de s’étonner lorsque, dans l’Ecriture, l’homme inconverti est représenté comme dans un état de sommeil et de mort, ce dont l’apôtre l’avertit en lui criant : « Réveille-toi, toi qui dort, et relève-toi d’entre les morts, et Christ sera ta lumière ».


Il est bien vrai que, soit à l’église, soit chez lui, soit dehors, enfin partout où il se trouve, l’homme naturel est dans un sommeil de mort : ses sens spirituels ne sont pas réveillés ; ils ne discernent ni le bien ni le mal spirituel. Il ne connait, il ne peut point connaitre les choses de l’Esprit de Dieu; les yeux de son intelligence sont fermés, car il habite dans la vallée de l’ombre de la mort, et il ne s’en aperçoit point ; quelle que puisse être sa science aux yeux du monde, il est dans la plus stupide ignorance touchant ce qu’il lui importe le plus de connaître. Il n’a aucune idée de cette « sainteté sans laquelle nul ne verra le Seigneur » et il est complètement étranger au bonheur que possèdent ceux-là seulement dont « la vie est cachée avec Christ en Dieu ». Il ignore tout-à-fait la vérité et la justice de ce Dieu qui lui-même s’appelle « un feu dévorant » et jure par son propre nom « que le méchant ne demeurera point impuni ».


Endormi profondément dans son ignorance, il jouit d’une espèce de repos; aveugle, il est tranquille; et avec l’homme présomptueux il s’écrie : « Ha ! il ne m’arrivera aucun mal ! » En l’environnant de tout côté, les ténèbres lui procurent une sorte de paix (tout autant que la paix peut s’accorder avec les oeuvres du démon et avec un esprit diabolique); il ne voit point qu’il est sur le bord du précipice, c’est pourquoi il ne le craint point ; il ne peut s’effrayer d’un danger qu’il ne connait pas, et qu’il n’a point assez d’intelligence pour redouter. Maintenant même, Ô homme naturel, Ô Jonas endormi, d’où vient que dans son temple tu n’as aucune frayeur de Dieu ? C’est parce que tu ne le connais point, et que peut-être ton coeur dit : « Il n’y a point de Dieu » ; ou bien : « Le Tout-Puissant ne prend pas la peine de considérer ce qui se passe sous le soleil »; peut-être encore que pour excuser ta vie et ta philosophie épicuriennes, tu penses que « Dieu est miséricordieux »; et par une fausse idée de sa miséricorde, tu détruis la sainteté de Dieu, sa haine pour le péché, sa sagesse, sa vérité, et même cette justice inexorable qui autrefois submergea le monde, fit tomber du ciel une pluie de feu sur les pêcheurs, commanda à la terre d’ouvrir ses gouffres afin d’engloutir Korée et ses compagnons rebelles; cette justice, enfin, dont le glaive perça l’âme du saint Jésus lui-même, quand à notre place il fut suspendu au bois maudit.


Quoi d’étonnant, mes frères, si dans notre état naturel nous ne redoutons pas la vengeance dénoncée aux inconvertis, à ceux qui n’obéissent point à la sainte loi de Dieu ? Cette loi, nous ne la comprenons pas : nous pensons qu’être chrétien véritable, c’est une chose des plus faciles ; nous supposons que le point principal, c’est d’accomplir soigneusement les devoirs extérieurs, c’est d’être extérieurement exempt de blâme : nous nous imaginons que mener une vie honnête, distribuer quelques aumônes, nous abstenir des vices les plus grossiers du siècle, assister régulièrement aux exercices religieux; ce sont les seules choses que nous ayons à faire. Nous ne comprenons pas que la loi de Dieu s’étend à toute disposition, à tout désir, à toute pensée, à tout mouvement du coeur; ou, ce qui est pis encore, nous nous imaginons que la loi n’est plus obligatoire; que Christ est venu pour la détruire et nous procurer le privilège de jouir du monde et des choses du monde, sans avoir à redouter aucun châtiment; qu’il sauve son peuple dans leurs péchés, et non de leurs péchés; qu’il nous introduira dans le ciel avec notre état de nature; et tout cela, malgré les déclarations mêmes de Christ « que pas un seul point ou trait de lettre de la loi ne passera, avant que toutes choses ne soient accomplies »; et que « ceux-là seulement entreront dans le royaume des cieux qui auront fait la volonté de notre Père céleste. »


Mais, mes frères, l’homme non réveillé est sans crainte non-seulement parce qu’il n’a aucune notion de la justice inflexible de Dieu, de l’inviolabilité et de la sainteté de sa loi, mais encore parce qu’il est complètement ignorant de lui-même; car il ne sait pas, ou, ce qui revient au même, ne considère pas qu’il est un esprit déchu, dont l’unique affaire ici-bas doit être de recouvrer la faveur et la nature divines. Bien qu’il soit dans les liens de l’iniquité, la présomption et l’orgueil le remplissent d’une si bonne opinion de lui-même que, s’il croit avoir besoin de repentance, il parle de se repentir un jour; il est vrai qu’il ne sait pas exactement à quelle époque, mais un peu plus tôt ou un peu plus tard, ce sera à coup sûr avant la mort. Il ne doute nullement que le repentir ne soit en son pouvoir; car comme rarement il consulte les oracles de Dieu, il n’a probablement jamais lu ce passage : « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et l’exécution, selon son bon plaisir »; il pense donc avoir la liberté et le pouvoir de se tourner vers Dieu lorsque bon lui semblera, et ne se met nullement en peine d’obtenir « l’Esprit de Dieu » et de « naître d’Esprit aussi bien que d’eau »; et oubliant peut-être qu’à l’église habituellement il prie ou feint de prier Dieu de lui accorder son Esprit et une repentance véritable, il n’est honteux d’appeler enthousiastes ceux qui disent avec Jésus : « A moins qu’un homme ne naisse de nouveau, il ne peut voir le royaume des cieux »; c’est ainsi qu’il justifie la vérité déclarée par Saint Paul dans notre texte : « il ne comprend point les choses de l’Esprit de Dieu, et elles lui sont une folie ».


De cette ignorance de la loi et de la justice de Dieu, aussi bien que de cette présomption, il peut quelquefois lui survenir une espèce de paix : il peut se féliciter de sa sagesse et de sa bonté ; il peut souvent ressentir ce que le monde appelle de la joie. il peut éprouver différentes espèces de satisfaction en gratifiant « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’orgueil de la vie »; surtout s’il possède de grands biens s’il jouit d’une fortune considérable. alors il peut « se vêtir de pourpre et de fin lin, se traiter somptueusement »; et tout aussi longtemps qu’il vivra ainsi dans les plaisirs, la foule enviera sa condition et le proclamera heureux; car, amasser et dépenser, faire toilette et être admiré, rendre visite, chasser, jouer, boire, manger, dormir, c’est là tout le bonheur de l’homme naturel.


Mais supposons-le dans une condition moins élevée : qu’il soit contraint de mener la charrue, de servir un maître, ou de travailler sans relâche afin de pourvoir aux nécessités de sa famille, il n’en ignore pas moins les intérêts de son âme, et tout autant que le riche il prend soin de se mettre en garde contre tout ce qui pourrait l’engager à se repentir et à chercher la délivrance de son misérable état de nature.


Et de quelle armure fait-il usage pour éloigner de son coeur tous les appels de la grâce, toutes les pensées qui l’engagent à abandonner le péché, à venir à Christ pour « entrer dans la liberté des enfants de Dieu ? » « Oh ! » dit-il , « il sera peu redemandé de celui a peu reçu; Dieu ne traitera pas avec sévérité de pauvres gens qui travaillent pour vivre, et sont dépourvus d’instruction ». Pêcheurs vraiment pauvres, ignorants et aveugles, qui s’imaginent qu’en travaillant pour le corps périssable ils peuvent négliger leur âme immortelle; qu’en servant un maître terrestre, ils ont le privilège de ne pas servir le Dieu des cieux; et que leur manque d’instruction sera aux yeux du Seigneur une excuse suffisante pour n’aimer point Jésus et ne pas s’inquiéter de la mort, du jugement, de l’enfer et du ciel. Oh ! ne vous trompez pas plus longtemps, vous tous qui êtes dans cet état : Dieu ne souffrira pas que ses créatures se moquent de lui; il exige vos coeurs ; et tandis que vos mains sont occupées aux devoirs de votre profession, vous pouvez élever vos âmes à lui et travailler à votre salut aussi bien, ou même mieux, que si vous occupiez un autre rang dans la société.


Mais en examinant avec plus d’attention encore quelles sont les voies de l’homme naturel, nous verrons que chaque jour il commet plus ou moins le péché : toutefois, il ne s’en trouble pas; il demeure sans crainte; il ne sent pas qu’il est condamné, et professât-il même de recevoir la Bible comme la parole de Dieu, pourtant il se contente de dire : « Nous sommes tous pécheurs; l’homme est faillible; nul n’est exempts de fautes, chacun a son faible; j’avoue que voilà le mien; » et alors il ne sera pas honteux de vous nommer quelque péché criant, quelque péché d’habitude, tel que l’ivrognerie, le jurement, la colère, l’orgueil, la vengeance ou l’impureté, les péchés mêmes dont Dieu déclare « que ceux qui les commettent n’entreront point dans on royaumes ». Faiblesses légères, en vérité ! Pécadilles inutiles à mentionner, et indignes d’être écrites dans le livre des souvenirs de Dieu ! Mais si cependant nous en croyons l’Ecriture, il est certain qu’au moment où le jour de la patience fera place à celui de la justice, un tel homme sera appelé à rendre compte non-seulement de ce qu’il appelle ses faiblesses, mais encore de toute parole inutile qui sera sortie de ses lèvres, et de toute pensée coupable qu’il aura formées dans son coeur. En ce cas, comme en beaucoup d’autres, l’homme non réveillé donne un démenti formel à la Bible; et d’un ton dédaigneux il déclare ne pas croire de telles chose; et ce parce qu’il n’a pas assez d’intelligence des choses spirituelles pour comprendre qu’ainsi parler c’est se rendre coupable de haute trahison envers le roi des cieux; car, celui qui rejette une partie de la révélation chrétienne doit, devant Dieu, être aussi coupable que l’homme qui en la présence du roi déchirerait avec mépris une partie de son décret ; car vainement pour s’excuser un tel homme dirait-il n’en avoir déchiré qu’une partie en conservant le reste, la loi sévirait contre lui; de la même manière la loi de Dieu sera mise à exécution contre le pécheur endormi et impénitent. Mais c’est en vain que vous lui répéterez ces choses; vous n’en retirerez que du mépris car au lieu de reconnaître son incrédulité orgueilleuse, il vous accusera de superstition, de faiblesse d’esprit; et comme les choses de Dieu lui sont une folie, peut-être qu’à cause de vos convictions, il vous regardera comme fou; à coup sûr il vous considérera comme un esprit faible, quoique bien-intentionné, et il ne manquera pas de vous tourner en ridicule lorsqu’il se trouvera avec quelqu’un de son opinion. Tout en mutilant ainsi la loi divine lorsqu’elle contrarie ses idées de religion, d’une manière ou d’une autre, il a cependant le soin de se munir de quelques objections empruntées aux incrédules, de quelques textes bibliques généralement mal compris, et par la perversion desquels, autant qu’il le désire, il obtient la liberté d’aimer le monde et de rester dans son état naturel. Ces textes lui servent quelquefois de bouclier pour le défendre contre les reproches de sa conscience et les appels des serviteurs de Christ; d’autre fois, il les change en un glaive avec lequel il détruit l’oeuvre divine que la grâce a commencée chez ceux avec lesquels il converse : « Ne craignez rien » leur dit-il « la miséricorde de Dieu s’élève par dessus toutes autres oeuvres; ne soyez pas plus saints qu’il ne faut; Dieu ne veut oint la mort du pécheur; le juste pèche sept fois par jour ». Ces paroles et quelques autres font ordinairement le sujet de ses méditations et pour les appliquer il possède une habileté peu commune.


Encore un ou deux traits, et j’aurai terminé ce portrait du pécheur non réveillé ; il ne peut souffrir que l’on insiste sur la force de la piété; tout ira bien aussi longtemps que l’on se contentera de l’engager à vivre sobrement et justement, à pratiquer le bien et à fréquenter l’église. quoi que vous lui disiez, il ne s’en offensera pas, si vous ne le contraignez point à reconnaître la bassesse de son coeur; mais essayez de lui dire « qu’il doit naître de nouveau » qu'il doit « être renouvelé dans son esprit » qu'il doit « être rendu participant de la nature divine » et posséder « l’amour de Dieu répandu dans son coeur par le Saint-Esprit » , qu’à moins d’avoir l’Esprit de Christ il ne sera jamais à lui; déclarez-lui ces choses, et vous le verrez s’étonner et se récrier aussitôt; pour lui vos paroles ne seront que des énigmes, et si vous lui montrez qu’elles se retrouvent continuellement dans la Bible il ne pourra concevoir ce qu’a voulu dire Saint Paul, que lui-même alors il mettrait volontiers au rang des enthousiastes, s’il ne craignait d’être regardé comme un blasphémateur.

Si vous continuez à lui déclarer clairement tout le conseil de Dieu, en criant avec les apôtres : « Sauve-toi de cette génération corrompue; tu n’est encore qu’un enfant de colère, repens-toi, convertis-toi; regarde celui que tu as percé et pleure, de crainte qu’il ne t’assigne une part avec les hypocrites et les incrédules »; alors il ne pourra comprendre ce qui vous fait parler avec tant de passion, car c’est ainsi qu’il appelle l’intérêt que le ministre chrétien manifeste à sa pauvre âme. Il trouvera étonnant que vous soyez assez malhonnêtes pour lui dire avec franchise qu’il doit prendre soin de son âme immortelle, soumettre son coeur orgueilleux, diabolique, impénitent, et fuir le feu d’un enfer éternel.

Mais par dessus tout, prenez bien garde en sa présence de ne pas nommer l’enfer ou la damnation sans en adoucir l’idée de manière à lui faire croire que si jamais ce lieu devenait sa demeure, il ne serait pas si terrible qu’on se plaît à le supposer; et lors même que vous rappelleriez les propres paroles de Christ et de ses apôtres il ne laissera pas que de s’en offenser; il s’efforcera du moins de tourner le sujet en ridicule : « Eh mais ! vous m’effraieriez jusque dans le ciel ! »


Mais continuons : si quelquefois il lui survient une pensée sérieuse, il l’étouffe aussi vite que possible; il est mal à l’aise à l’ouïe d’un sermon fidèle, et en entendant quelque chose de particulièrement applicable à son âme, il s’imagine que le prédicateur (auquel il est peut-être totalement inconnu) s’est rendu coupable de personnalités à son égard, car il ignore qu’après avoir étudié son propre coeur le ministre de Dieu peut dévoiler celui des autres, puisque nous sommes tous semblables par nature, étant tous sortis du moule de la corruption d’Adam.


Toutefois, plus pénétrante qu’une épée à deux tranchants, pour diviser les paroles et les pensées des hommes, si la Parole de Dieu fait parfois une légère blessure à sa conscience, il la cicatrise aussitôt en prenant la résolution de lire un peu plus de prières, de distribuer quelques aumônes; à la prochaine occasion il s’approchera même de la table sainte, pensant bien qu’agir de cette sorte, c’est accomplir tout ce qui est nécessaire pour arriver au ciel. Ou bien encore, il rejette toute conviction et s’écrie : « A ce prix-là, qui pourrait être chrétien ? cette doctrine est trop sévère; je sais bien que je ne suis pas parfait; mais, Dieu merci, je ne suis pas cependant des plus méchants : il y en a beaucoup qui sont pires que moi; y a-t-ll un seul homme qui ne pèche pas ? Pourquoi donc craindrais-je plus que les autres ? N’ai-je pas été baptisé ? Dieu n’est-il pas rempli de miséricorde ? Christ n’est-il pas mort pour les pécheurs ? Et puis, si j’étais si sérieux, si saint, toutes mes connaissances ne se moqueraient-elles pas de moi, pensant que je vais devenir enthousiaste et m’assujettir à tous les ennuis d’une vie religieuse ». C’est par de semblables pensées qu’après s’être éveillé quelques instants, le pauvre pécheur se rendort de nouveau. Il referme ses yeux, que le Seigneur avait commencé d’ouvrir pour qu’il pût voir son danger, et bien probablement il ne les ouvrira plus jusqu’à ce que la mort le regarde en face et que l’enfer s’avance à sa rencontre pour l’engloutir, à moins que par un des ses jugements terribles Dieu ne brise la dureté de son coeur impénitent et ne le réduise à s’écrier avec Pierre : « Seigneur, sauve-moi, ou je péris ».


Mais supposons que l’Esprit de Dieu lutte doucement contre lui, comme cela est souvent le cas, surtout lorsque le pécheur ne s’adonne ni aux plaisirs ni aux affaires, alors il s’apercevra qu’il n’est pas heureux, et le vide de son coeur le forcera de confesser que quelque chose lui manque; mais reconnaitra-t-il que ce dont il manque c’est Dieu ? s’adressera-t-il à Jésus, le grand médecin des âmes ? Oh non ! au lit de mort, pense-t-il, il sera temps assez d’implorer miséricorde et de chercher la paix de Dieu qui passe toute intelligence. Mais que fera-t-il donc ? Il s’éloignera de Dieu, et se fuira lui-même; il essaiera de chasser sa tristesse et de relever son esprit abattu, comme il appelle le commencement de ses convictions; et s’adonnant aux affaires, aux divertissements, à l’ivrognerie, à la lecture des livres inutiles, à la société des mondains, ou s’entourant des soins de la vie, il obtiendra de la sorte un malheureux soulagement à sa tristesse.


C’est ainsi que l’homme naturel détruit les efforts par lesquels l’Esprit de Dieu travaille à lui montrer son danger; c’est ainsi qu’il demeure volontairement l’esclave du péché, content du joug de la corruption, satisfait d’être intérieurement et extérieurement impur et si éloigné de surmonter le mal, qu’il n’essaie pas même de combattre ce péché qui l’enveloppe aisément.

Tel est l’état de tout homme non réveillé, qu’il soit pécheur scandaleux et déhonté, ou pécheur plus décent et plus respectable, ayant la forme mais non pas la force de la piété.


O vous qui êtes dans cette condition, si en quelque mesure je vous ai dévoilé l’état de vos coeurs, n’allez pas pour cela vous endurcir encore davantage, mais cédez plutôt à la conviction; au nom de Christ, prêtez l’oreille à la voix de votre conscience, et lorsqu’elle vous cire : « tu es l’homme », ne soyez pas honteux de confesser à Dieu que vous vous êtes mépris sur votre état spirituel; oh ! que votre âme s’écrie : « Seigneur, aie pitié de moi, qui ne suis encore qu’un homme naturel ! Jamais je n’ai compris les choses de l’Esprit : jusqu’à présent elles m’ont été une folie ; je ne pouvais les recevoir, car c’est spirituellement qu’elles se discernement, et je suis privé de ton Esprit; mais épargne-moi quelque temps, et rends-moi ta faveur en Christ, avant que pour jamais je disparaisse de dessus cette terre. Réveille mon âme à la justice, et pour que désormais je ne vive plus au péché, pour que je ne te désobéisse plus sciemment et volontairement, accorde-moi cette connaissance de Toi « qui est la vie éternelle ». A ma honte j’avoue y être étranger; mais, Seigneur, épargne-moi, enseigne-moi et qu’ici-bas j’obtienne la connaissance de ta Vérité, et dans le monde à venir, la vie éternelle ».


En vous parlant ainsi avec liberté, je suis uniquement poussé par le désir de vous voir prier dans le sentiment de vos besoins; ne soyez donc pas choqués de mes efforts pour ouvrir vos yeux. Vous êtes perdus à jamais, si votre blessure n’est pas sondée de manière à vous faire voir et sentir la nécessité de vous adresser sur le champ à celui qui peut vous guérir, le Seigneur Jésus. En lui vous trouverez tout ce qui vous manque : il est le second Adam, duquel vous devez obtenir une seconde nature; à lui vos âmes doivent être unies par l’Esprit; de lui vous devez recevoir le pardon et la grâce, la vie et la puissance, la sainteté et le bonheur. Il est tout prêt à vous accorder ces choses, si seulement vous les lui demandez sincèrement; et comme preuve de votre sincérité, il exige que vous cherchiez le bonheur non plus dans le monde et les choses créées, mais en lui seul. Commencez donc par vous interdire ces satisfactions coupables qui éloignent votre âme de Dieu et plutôt que de goûter pour un temps les plaisirs de ce monde, choisissez maintenant les pleurs et l’espoir d’être bientôt consolé. N’auriez-vous pas assez de résolution pour faire cet heureux choix et désirer avec Saint Paul « de ne connaître rien autre chose que Jésus-Christ crucifié »; regardez à vous-mêmes et comprenez toute l’horreur de votre situation : vous êtes les héritiers de cette malédiction léguée à tous les fils d’Adam; par nature vous êtes des enfants de colère; comme des brebis perdues vous vous êtes égarés dans les déserts de ce monde. « Vous êtes morts dans vos fautes et vos transgression », vous êtes vendus au prince de l’air, qui vous conduit à la perdition comme une brebis à la boucherie, et vous ne connaissez ni celui qui vous mène, ni l’endroit où il vous conduit. En un mot, vous êtes sans Christ et sans Dieu dans le monde; et le péché d’Adam, ainsi que votre propre péché, sans cesse vous éloignent de Dieu et vous rapprochent de la misère éternelle. C’est dans une telle situation que vous mettez du retard à quitter tous vos péchés pour vous adresser à Jésus, et quelque temps encore vous resteriez sans le supplier de vous donner son Saint-Esprit et une repentance véritable ! Quoi de trop pénible à supporter pour obtenir un intérêt dans le sang de l’alliance, un heureux passage dans l’éternité, un héritage parmi les saints dans la lumière ? Oh ! n’allez pas quitter ce lieu de culte, comme autrefois quelques disciples, le Seigneur vous écriant : « Cette parole est dure à entendre : qui peut la supporter ? » « Retirez vous de moi, maudits »; voilà les paroles de la sentence; seront-elles donc moins dures à entendre ? Et le feu de la géhenne sera-t-il moins pénible à supporter ? Regarderiez-vous la vie comme si longue et si certaine que l’on puisse s’y fier avec assurance ? Et croiriez vous que la vigueur et la santé vous garantiront de la colère de Dieu, dans votre état naturel ? Oh ! Quelle erreur ! Avant que vous y songiez, la mort peut saisir votre corps et vous plonger en un instant dans ce lieu où il n’y a plus place pour la repentance, la miséricorde et le salut. Ne demeurez donc pas plus longtemps indécis : si le monde et son prince, le diable, sont dieux, suivez-les; mais si Jéhovah, si Jésus-christ est le Seigneur, renoncez à vous-mêmes et au péché; obéissez à son ordre, « chargez-vous chaque jour de votre croix pour le suivre », jusqu’à ce que vous l’emportiez sur lui et qu’il vous bénisse par le pardon de vos péchés et le don d’un coeur nouveau.


Cherchez Jésus jusqu’à ce que vous le trouviez dans vos âmes; marchez avec lui jusqu’à ce qu’étant attachés à lui, vous puissiez dire avec l’épouse véritable: « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui »; invoquez-le pour que vous habitiez en lui comme le sarment sur le cep, et que vous puissiez porter beaucoup de fruits de justice, de paix et de joie dans le Saint-Esprit.


Tel doit être au-dedans de nous le royaume de la grâce, par lequel nous entrerons infailliblement dans celui de la gloire, par Jésus-Christ notre Seigneur.



John William Fletcher







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