UN AMOUR PLUS GRAND QUE MOI
- Daniel GILMAN
- 16 déc. 2016
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 mars

Qu’est-ce que l’Amour, Daniel ?
Pour moi, envers Laetitia, mon épouse, c’est un don qui ne compte pas les coûts : donner sans attendre en retour, la servir avec cœur, la protéger comme un rempart, être là, inébranlable, dans les tempêtes comme dans les silences. C’est l’aimer comme moi-même, être sincère et faire preuve de bonté, sans jamais laisser l’orgueil dresser ses murs. C’est prier pour elle chaque matin, supplier Dieu de me façonner à Son image, me repentir de mes pensées égarées, lui pardonner tout – oui, tout – et m’agenouiller pour implorer son pardon sans tarder. Aimer, c’est se dépouiller de soi pour se donner à l’autre, un abandon total, un sacrifice vivant.
As-tu toujours aimé Laetitia ainsi ?
Non, hélas, pas du tout ! Longtemps, mon amour n’était qu’une ombre déformée, un reflet de mon propre vide. J’étais assoiffé d’être aimé, et cette obsession inversait tout. Je prenais plus que je ne donnais, je réclamais au lieu de servir. Mon cœur était un terrain aride, incapable de porter les fruits qu’elle méritait. Ce n’est que plus tard, face à mes fautes, que j’ai compris combien j’avais trahi l’essence même de l’amour.
Elle le ressentait ?
Oh oui, et bien au-delà d’un simple pressentiment ! Pour elle, c’était une blessure vive, un fardeau quotidien. Je clamais mon amour à tue-tête, comme un cri dans le désert, mais elle me répondait, les larmes dans la voix : « Arrête de le dire, montre-le-moi. Je ne le ressens pas. » Ses mots étaient un miroir que je refusais de regarder, un appel que je n’entendais pas.
Ça te faisait mal ?
Une douleur sourde, oui, qui me laissait perdu. Je ne saisissais pas. Je lui répétais, presque avec reproche : « Tu as tout pour être heureuse ! La maison, la sécurité, mes efforts ! » Mais ce « tout » que je lui offrais était une coquille vide. Je n’avais pas vu que l’amour qu’elle attendait n’était pas dans les choses, mais dans un cœur ouvert, une présence vraie. Mon aveuglement creusait son silence.
Et elle, qu’attendait-elle ?
Elle aspirait à une écoute profonde, à être vue, reconnue dans ses joies et ses peines. Elle voulait du soutien dans ses doutes, de la tendresse dans les détails, une stabilité qui ne vacille pas au gré de mes humeurs. Elle cherchait du réconfort quand la vie pesait, une autonomie respectée, une aide dans le quotidien, une protection morale plus forte que n’importe quel toit. Elle rêvait d’un mari loyal, dont les paroles et les actes s’accordent, un homme doux, patient, fidèle jusqu’au bout, un père qui porte avec elle l’éducation des enfants, les rires comme les corvées. Tout ce que, dans mon orgueil, je ne lui offrais pas.
Tu avais quand même des qualités, non ?
Quelques éclats, oui, mais si rares, si fragiles ! J’étais possessif, rongé par une jalousie maladive, colérique au point d’en perdre la raison, parfois violent dans mes mots, voire mes gestes. Infidèle, menteur, j’ai trahi notre alliance dès les premières années, souillant la promesse sacrée de notre union. Dans mes affaires, je trichais, je pactisais avec le mensonge sans sourciller. Impulsif, susceptible, drapé dans une prétention qui masquait mon vide, narcissique jusqu’à l’absurde… Mes « je t’aime » sonnaient comme des excuses creuses, mes cadeaux n’étaient que des pansements sur des plaies que je rouvrais sans cesse. J’avais de l’humour, des instants de lumière où nous riions ensemble, mais avec le temps, mes paroles perdaient leur poids. Elles ne pouvaient plus masquer le gouffre de solitude et de souffrance que je creusais en elle.
Et elle, te donnait-elle ce que tu désirais ?
Avait-elle seulement le choix ? Mon tempérament l’emprisonnait, imprévisible, passant de la douceur d’un agneau à la sauvagerie d’un loup. Elle vivait sous le joug de mes contradictions, et pourtant, Laetitia est restée. Elle est la plus précieuse preuve d’amour que j’aie jamais reçue. Sans sa patience infinie, son pardon immérité, sa foi ancrée en Jésus, notre histoire se serait brisée dès les premières fissures. Elle m’a tout offert – tout ce qu’un cœur humain peut donner, et bien plus encore.
Un miracle t’a changé, alors ?
Oui, un miracle, une grâce qui m’a terrassé. En 1995, le pardon de Laetitia a été le coup de grâce à mon orgueil. Ce jour-là, face à son amour inexplicable, j’ai vu l’abîme de mes fautes. J’ai crié à Jésus, écœuré par le mal que j’avais infligé à celle que j’avais juré d’aimer. Ma repentance n’était pas un murmure, mais un hurlement : je haïssais l’homme que j’avais été, les chaînes que j’avais forgées. J’ai supplié Jésus d’entrer dans ma vie, de me sauver de moi-même. Il est devenu mon Sauveur ce jour-là – et, avec le temps, mon Seigneur véritable. Depuis, Il ne m’a jamais quitté, et Laetitia non plus. Nous sommes trois, désormais, unis dans cette alliance renouvelée. Ce pardon, elle ne l’a pas puisé en elle seule : c’est Jésus qui l’a porté en son cœur, Lui qui a rendu possible l’impossible – absoudre plus de sept ans de trahisons, de blessures, de larmes.
L’amour de Laetitia venait donc de Jésus ?
Sans l’ombre d’un doute. Sa rencontre avec Lui l’a d’abord métamorphosée, lui donnant une force que je ne comprenais pas. Puis, par elle, Il m’a atteint. Cet amour n’avait rien des sentiments humains, ces flammes vacillantes, prisonnières de nos failles et de nos péchés. Non, c’était l’Amour avec un grand A, celui du Christ, jaillissant comme une source vive. Jésus n’est pas une émotion passagère : Il est une rencontre qui bouleverse tout, l’Esprit de vie qui arrache le péché et plante l’éternel. Ma repentance, ce tournant, est née de cette lumière : voir son amour à elle, reflet du Sien, m’a forcé à tomber à genoux.
Un conseil pour les couples en quête d’amour ?
Je ne suis pas un maître, juste un témoin, un homme sauvé par la grâce. À 57 ans, je regarde autour de moi : 70 % de mes vieux amis ont vu leur couple s’effondrer. Toujours la même plainte : « On ne s’aimait plus. » Mais je crois qu’ils n’ont jamais vraiment goûté à l’Amour – celui qui ne s’épuise pas, celui qui est une Personne, Jésus. La repentance est la porte : reconnaître nos manques, nos égoïsmes, nos trahisons, et les poser devant Lui. L’amour n’est pas un feu qu’on attise seul ; c’est une source qui coule quand on s’abreuve à Lui. Jésus est l’Amour incarné, pas une vague sensation.
Mais l’amour existe aussi hors de la foi, non ?
Oui, il y a les élans du cœur, les passions humaines, belles et fragiles. Mais elles ne tiennent pas face à l’amour « agape », celui qui vient de Dieu. D’un côté, un Père qui donne Son Fils pour racheter le monde (Jean 3:16), un amour qui défie la mort ; de l’autre, un amour charnel, porté par nos forces seules, qui s’étiole quand le réservoir s’épuise. Aimer sans Dieu, c’est marcher sans boussole, sans cette repentance qui nous ramène à la source. L’amour humain s’effrite ; celui de Dieu transforme.
En somme, aimer, c’est mettre Jésus au centre ?
Oui, pleinement. J’aime Laetitia le plus profondément quand je me tiens devant Jésus, quand je Le contemple et Le laisse me dépouiller de moi-même. Le mariage est Son œuvre : « L’homme s’attachera à sa femme, et ils ne feront qu’un » (Genèse 2:24). Un couple peut avancer par l’Esprit d’Amour, ou chanceler sur des sentiments pécheurs. La repentance est le pivot : elle brise nos chaînes, ouvre nos cœurs à Lui. Ce ne sont pas les émotions qui changent une vie – c’est Dieu. Que chaque couple ose cette rencontre, ce face-à-face avec l’Amour vivant !
Daniel Gilman